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13ème dimanche après la Pentecôte 2021

Homélie donnée par Monsieur l’Abbé Le Morvan (FSSP)

Jésus, maître, ayez pitié de nous.
Au nom du Père et du Fils et du St-Esprit. Ainsi soit-il.
MBCF,
Ce qui ne sera pas assumé ne sera pas sauvé. Et en revanche, ce que nous assumons pourra être sauvé si nous appuyons sur la grâce de Dieu. Aujourd’hui dans l’oraison de la messe l’Eglise nous fait demander tout d’abord au bon Dieu une augmentation de foi, d’espérance et de charité. La foi, l’union à Dieu connu ; l’espérance, l’union à Dieu jusque dans l’éternité ; la charité, l’union à Dieu aimé jusqu’à en devenir inséparable. Cela, nous le désirons tous, mais parfois sans trop voir comment y parvenir, car nous nous pensons trop souvent incapables de grandes choses. Alors l’Eglise continue à nous faire prier : Dieu tout-puissant et éternel, augmentez-en nous la foi, l’espérance et la charité ; et pour que nous méritions d’obtenir ce que vous promettez, faites-nous aimer ce que vous commandez. Faites-nous aimer ce que vous commandez. Car, MF, la blessure infligée à la nature humaine par nos péchés nous pousse à la facilité en même temps qu’elle nous décourage de l’effort sur nous-même. Et pourtant comme tout véritable bonheur, le bonheur parfait et éternel a un prix, celui du renoncement aux multiples faux bonheurs des joies imparfaites et passagères. Nous l’avons vécu enfants quand nos parents et éducateurs nous arrachaient au jeu pour diverses occupations moins agréables mais nécessaires. Nous le vivons tous les jours de diverses formes. Il nous faut donc nous tourner comme ces lépreux vers Jésus et prier : Jésus, maître, ayez pitié de nous. Ce qui sera assumé pourra être sauvé. Nous sommes nous aussi lépreux et nous ne savons comment guérir. Par bonheur, Jésus en route pour Jérusalem, figure du ciel, passe à côté de nous, en Samarie, patrie de juifs infidèles à la religion pure et en Galilée, province regardée avec condescendance par les Juifs de Jérusalem qui se moquaient de leurs cousins de province aux coutumes et à l’accent différents. Mais voilà, Jésus n’est pas venu pour ceux qui n’ont pas besoin d’être aidés et qui ne font que la leçon aux autres. Il est la voie, la vérité et la vie, et il prend chaque homme là où il est, sans condescendance, sans mépris. A notre tour donc de le rejoindre dans son voyage vers Jérusalem, en acceptant s’il le faut de partir de là où nous sommes, en réclamant son aide sans honte.
Nous avons ici dix hommes qui se tournent vers le Christ. Jésus, maître, vous qui enseignez, ayez pitié de nous. De façon un peu surprenante, Jésus n’opère pas le miracle sur le champ mais leur commande d’aller se montrer aux prêtres juifs, serviteurs de l’ancienne alliance qui s’accomplira bientôt dans son sacrifice sur la Croix. Il fallait qu’ils comprennent que Jésus n’est pas un guérisseur mais celui qui accomplit les Écritures. Qu’ils comprennent que Dieu ne se ballade pas dans sa création pour se faire acclamer comme un homme politique de nos jours, en quête incessante de popularité. Non, Dieu poursuit son plan pour notre salut, il veut que nous comprenions que sa Loi n’est pas un carcan mais une règle de libération, l’unique moyen d’accomplissement de la nature humaine. Que voyons-nous donc ? 10 hommes rongés vivants par la lèpre et qui cherchent à s’en sortir. La lèpre est cette maladie autrefois répandue qui s’attaque à la peau, donc à la vie en société, et au système nerveux, donc aux capacités de la personne. Elle se propage par le contact dans un climat de manque d’hygiène, après plusieurs années d’incubation. Un lépreux paye donc fort cher les conséquences d’une vie insalubre et inconséquente. Ce n’était pas la lèpre évidemment qui était recherchée dans le manque total d’hygiène mais ce manque d’hygiène créait des conditions favorables à la maladie, il ne manquait plus que l’occasion, le contact avec un malade. Le corps était alors incapable de lutter et la maladie se préparait patiemment. On peut aisément transposer tout cela dans le domaine spirituel. Les lèpres de l’âme sont nombreuses, hélas. Elles sont plus ou moins honteuses ou au contraire plus ou moins mondaines, plus ou moins manifestations d’indépendance de l’esprit qui refuse les conseils et les lois de Dieu. Mais toutes affaiblissent l’âme, sapent son union à Dieu, rongent sa vitalité. Et pendant ce temps-là le démon rôde, guettant l’occasion de nous pousser toujours plus loin de Dieu ! Attention, il serait trop facile de ne voir dans le péché, surtout dans le péché grave, que l’action du démon. Nous avons bien notre responsabilité. Le démon attend patiemment que nous soyons suffisamment affaiblis. Mais il ne peut agir sur nous que parce que nous nous sommes approchés de lui, tout comme un chien enchaîné ne peut nous mordre que si nous avons l’imprudence de l’approcher.
Alors MBCF, cette histoire est pour nous. Nous avons la même nature humaine que ces lépreux. Dans nos pays nous ne risquons plus guère la lèpre du corps, mais la lèpre de l’âme, si. Soyons sur nos gardes, car nous avons la même nature humaine que ceux dont nous constatons les péchés graves voire horribles ; à nous de ne pas abîmer progressivement notre âme au point où le démon n’aurait plus qu’à la pousser d’une pichenette dans de telles choses. En particulier notre société s’est fait littéralement asservir par l’impureté. Il y a des décennies, Soljenitsyne avertissait l’Occident qui faisait – déjà – des leçons de démocratie au monde entier, lui signalant avec justesse qu’on asservit les peuples plus facilement avec la pornographie qu’avec des miradors. Cette lèpre mène à beaucoup de fautes et au désespoir, et tous les prêtres enragent de voir que certains parents refusent de voir que leurs enfants sont bien plus exposés qu’eux à leur âge et les mettent en situation de danger. Ne cultivons donc pas plus ou moins consciemment le terrain de quelque lèpre que ce soit. Et si nous avons tardé à réagir, n’oublions pas ce par quoi avait commencé cette homélie : ce qui sera assumé pourra être sauvé. Jésus est là pour nous guérir et nous soutenir. Encore faut-il l’interpeler : Jésus, maître, ayez pitié de nous. Dans notre prière personnelle ou familiale, demandons l’humilité pour nous voir en vérité, et saisissons les grâces de conversion que le Ciel ne cesse de nous envoyer. Jésus passe sans cesse à côté de nous. Jésus, maître, ayez pitié de nous.
Au nom du Père et du Fils et du St-Esprit. Ainsi soit-il.

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